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____May dépose lentement sa valise dans sa chambre. C'est avec une sorte de regret qu'elle constate que rien n'a changé. La vaste pièce est toujours submergée de posters de Rock, d'affiches de mode par-ci, par-là. Au-dessus de son lit, plusieurs photos sont accrochées. La seule chose différente est qu'on voit bien que sa mère est passée par là : Toutes ses fringues en bordel ont été rangées à leur place. Elle est si maniaque. Si ça n'tenait qu'à elle, tous ces posters n'existeraient pas. May soupire. Elle observe par la fenêtre, le soleil venant éclairer son visage ne représentant, lui, aucune expression. Elle reste ainsi un long instant. Elle pense. Sans penser réellement.
____Vous savez ? Quand vous voulez réfléchir à quelque chose, mais que votre inconscient n'en a pas envie, qu'il est fatigué, ou tout simplement qu'il veut se voiler la face un peu plus. Vous pensez penser mais en fait vous pataugez dans vos songes. Et à vrai dire, c'est assez agaçant. Un nouveau soupir, et la jeune fille tourne le dos à l'extérieur, pour aller s'asseoir sur son lit. Ses yeux restent fixés sur les photos étalées aux murs. Elle se voit, à cinq ans, en compagnie de celle qu'elle considère comme sa « meilleure amie ». A sept ans. A dix. A treize. Maintenant. Elle se voit, en compagnie des ami(e)s de sa classe. Elle aimait ces photos. Mais aujourd'hui elles ne représentent plus rien. La personne qui devrait avoir la plus haute place dans sa vie, elle n'est même pas capable de la dessiner pour cause d'ignorer à quoi elle ressemble. Alors à quoi est-ce que tout cela peut bien rimer ?
____Elle baisse les yeux. Puis les relèvent. Une série de photos la montrant en compagnie de Will viennent former de la buée dans son regard. Elle se mord la lèvre. Elle baisse à nouveau les yeux. Elle tremble. Elle n'a pas le courage de les retirer. Et elle ne veut pas penser. Elle ne veut pas penser...
[ *** ]
____Lorsqu'elle ouvre les yeux, elle se rend compte qu'elle s'est à nouveau laissée aller dans un somme. D'une heure et demie tout juste, son réveil affichant 16 heures. Elle se redresse, l'air un peu perdue. Elle tremble encore, il serait temps de manger quelque chose. Mais elle n'a pas faim. L'idée de penser à ingurgiter de la nourriture suffit à elle seule à lui couper tout appétit. Et ça ne la rassure pas du tout. Lassée, elle se lève, et ouvre sa porte pour descendre dans le salon. Sa mère est assise là, en compagnie de Christian. Elle les regarde.
_Tu viens goûter avec nous, May :D ? (Stéphanie)
_... Non, merci. (May)
_Mais ... é_è ... Tu ne rates jamais l'heure du goûter habituellement ... (Stéphanie)
_Ne t'en fais pas, j'ai assez mangé à l'hôpital à midi, c'est bon. (May)
_C'était bon, là bas ? (Christian)
_Mh, mh. (May)
_La nourriture des hôpitaux n'est pourtant pas réputée pour sa saveur T_T ... (Stéphanie)
_Mh. (May)
____Elle reste là, les bras ballants. Sa mère se mord la lèvre et jette un coup d'½il à son mari. Enfin, d'un accord commun, ils demandent à la jeune fille de s'asseoir face à eux, dans le grand sofa de cuir beige. Elle obéit, sachant pertinemment les questions qu'ils vont lui poser. Elle ne peut plus reculer. Elle n'est plus protégée.
_May ... Nous sommes inquiets ... Comprends-nous ! Tu allais chez Will, et tu as fait un malaise, manquant de te faire renverser par une voiture ! Tu refuses de le voir et de nous donner la moindre explication ! Il est de même pour tes camarades de classe ! Si tu ne dis rien à personne, May, à qui te confies-tu ? De plus, tu dis vouloir voir un Psy ! Nous devons parler de tout ça !!! (Stéphanie)
_... (May)
_May ... Explique-moi, quel est le problème ? Tu as des problèmes au Lycée ? Avec Will ? Tu es si pâle ... Toutes ces choses ne te ressemblent pas ... (Stéphanie)
____Elle masque ses émotions sous ses silences. Comme toujours. « Toutes ces choses ne te ressemblent pas ... » Qu'en sait-elle ? Il faut que sa fille fasse un malaise, pour qu'elle se rende compte qu'elle agonise ? Ses faux sourires suffisaient donc bien à tromper son monde ? Ils sont tous si aveugles ? Elle ne peut plus supporter ce faux trop plein d'amour. Toute cette fausse affection. Pas une de leur parole n'est sincère. Autrement, ils s'occuperaient plus d'elle et se rendraient compte. Ils veulent juste continuer à mener leur petite vie tranquille, sans May comme problème contre ça.
_May, mon c½ur ... Il faut que tu nous dises ... (Stéphanie)
_Nous sommes là pour t'écouter ... Nous pouvons le faire aussi bien qu'un Psy, tu sais ... (Christian)
____C'est trop. Beaucoup trop. Elle ne supporte plus. Elle ne parvient plus à faire semblant. Elle veut partir. Loin. Vomir tout ce qu'elle vient d'entendre. Être elle. Ne plus avoir à chercher la perfection à leurs yeux pour leur satisfaire, être elle, juste elle, May. Comment osent-ils ... Comment peuvent-ils ... Ils n'ont donc pas honte de leurs propres paroles ? Ils ne se rendent donc pas compte que leur monde ne tourne qu'autour d'eux et leur image de bourgeois ? Elle compte donc pour si peu ??
_Je ...Je ... (May)
_Tu ? May ... (Stéphanie)
____Elle éclate en sanglot. Incontrôlables. Ils ne s'arrêtent plus.
_J'veux voir ma s½ur !!. (May)
____Et le silence retombe entre ses deux parents. Elle heurte un os. Elle pose problème. Elle n'est pas l'être parfait qu'ils souhaiteraient avoir. Elle n'y arrive pas. Elle est humaine. Et elle continue de pleurer, sous leurs yeux faussement inquiets, leur insouciance folle. Ils n'auraient jamais du la séparer d'elle...
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____Assise à son bureau, Karla compte les jours. Dans moins d'un mois, elle est à Paris, assistant au concert de son groupe préféré. Elle ne vit plus que pour ça. Le reste n'a aucune importance. De plus, comme si son propre mal-être ne suffisait pas, elle ressent constamment cette pointe au fond du c½ur, comme si c'était le malheur d'une autre personne qui venait s'ajouter au sien. Et Dieu sait qu'elle n'a pas besoin d'ça. Elle soupire, et consent enfin à ouvrir son cahier de Mathématiques, prête à attaquer ses devoirs pour le lendemain. Jeudi ><. Karla n'aime pas le jeudi. C'est une journée de merde, comme toutes les autres. Et pourtant, comme chaque jour, elle fera l'effort de se lever, et d'assister à sa journée de cours. Désespérée à cette idée, elle effectue ses exercices un peu au hasard, rapidement, et pas très correctement, et referme son livre d'un coup sec. Elle jette le tout dans son sac, et part s'affaler sur son lit. Son réveil indiquant 23h30, elle s'endort comme une masse.
[ *** ]
____Jeudi est finalement arrivé. Il est déjà 6h00. Toujours aussi épuisée que la veille, comme si sa nuit n'avait pas été réparatrice du tout, la blonde se lève, et part immédiatement sous la douche. Son ventre est noué. Atrocement noué. Elle appréhende, elle stresse. Elle n'a pourtant aucune raison. Elle cherche à savoir pourquoi, énumérant les éventuelles choses qu'elle aurait pu omettre de faire. Elle a fait ses Maths. Elle a fait son Français. Elle a compté les jours. Elle a mangé deux ou trois trucs au dîner. Elle a préparé ses affaires. Elle n'a donc rien oublié. Agacée, la jeune fille se hâte de s'enrouler dans une serviette, et enfile les vêtements posés sur son fauteuil. Cette boule au ventre ne semblant toujours pas être la sienne ne la quitte pas. Et pourtant, elle aussi est assez stressée finalement. Mais comme chaque matin. Elle termine de se préparer, oublie de déjeuner et file à son arrêt de bus.
____Là, elle rencontre quelques filles de sa classe, avec qui elle s'entendait assez bien, jusqu'à ce qu'elle apprenne à réellement les connaître pour se rendre compte qu'elles n'aspiraient, apparemment, qu'à la couler un peu plus. Elle les salue d'un signe de la main, et part s'asseoir au fond du bus, seule. Lorsqu'elle arrive au Lycée, elle est la première à descendre du véhicule, et la première à s'asseoir en cours, au fond de la classe, seule. Les cours s'enchaînent, elle ne parle à personne. De toute façon, à quoi bon ? Les gens de sa classe ne l'aiment pas. Et elle ne les aime pas non plus.
____Le soir arrive rapidement. Elle s'enferme dans sa chambre, et pleure en silence. Elle doute un peu. Elle ne voit pas comment tenir un mois. Surtout avec les examens de fin d'années approchant. Le seul avantage, c'est que dans moins de deux semaines, elle a finit les cours. Et dans trois, elle est à Paris pour le concert des TH, où elle reste pour toute une semaine, chez l'une de ses tantes. C'est parfait : Elle a besoin de vacances. Une voix venant du couloir l'appelle pour manger. Elle soupire, et se rend donc à pas lents vers la salle à manger. Elle n'a pas faim, mais elle mangera un minimum, comme toujours. Histoire de tenir le mois. Juste le mois. Un mois. Sa ne représente que 30 jours. Ou 31 peut-être. Peu importe. Elle devra attendre. Elle devra tenir. Un minimum. Pour finir son année. Pour réaliser son rêve. Et après ? Elle ne veut pas y penser. Voila quelques temps déjà qu'elle n'arrive plus à imaginer son futur. Alors que toute la journée les filles autour d'elle parlent de leur avenir, Karla se tait. Lorsqu'on lui demande son avis, ce qui est rare, elle se contente d'hausser les épaules. Elle commence à savoir qu'elle n'est pas faite pour vivre alors pourquoi vivrait-elle ?
____C'est avec cette idée en tête que l'adolescente s'assoit à la table familiale. Sa belle-mère lui adresse son plus beau sourire hypocrite, comme à son habitude. Quand à son père, il ouvre la bouche, s'apprêtant à poser la même question que tous les soirs de l'année.
_Tu... (Vincent : Père de Karla)
_Non je n'ai pas eu de notes aujourd'hui. (Karla)
____Un sourire factice et un air rassurant suffisent pour que son père la laisse tranquille. Ou plutôt l'oublie. Pour dire vrai, cela ne gène en rien la demoiselle qui se force à picorer quelques pâtes dans son assiette. Chaque bouchée lui affiche une grimace de dégoût. Heureusement, personne ne fait attention à elle. La discussion tournant autour de la prochaine compétition de GRS de Julie.
_Tu sais Karla cette fois je veux que tu viennes voir ta s½ur. (Vincent)
_J'ai pas de s½ur. (Karla)
_Si tu en as une ! ! (Vincent)
_Non. (Karla)
_Karla ça suffit ! (Vincent)
_De quoi ? Tu veux que je me taise c'est ça ? Alors ne me parle pas. (Karla)
____Le ton doux et calme employé par la blonde a un effet immédiat. Vincent se lève, la saisit fermement par le bras et la tire jusqu'a la salle a coté où il s'enferme avec elle. Il la jette ensuite violemment contre le mur et elle tombe à terre, la respiration saccadée. Elle ne crie pas. Elle ne veut pas lui donner cette satisfaction. Elle ne pleure même pas mais se relève, malgré la douleur, et se remet face à son père qui la foudroie du regard. Elle inspire profondément puis s'exclame de nouveau d'une voix posée :
_Tu sais Papa, Cécilia n'est pas ma mère et Julie n'est pas ma s½ur. (Karla)
____Malgré la haine que le visage de son père lui envoie, elle ne baisse pas la tête et maintient son regard. Ses côtes lui font mal mais elle se force à ne rien laisser transparaître.
_Tu n'es vraiment qu'une sale peste pourrie gâtée qui ne vit que pour soi ! J'ai jamais vu un tel égoïsme et irrespect ! Tu ne te rends pas compte que tes réflexions peuvent blesser Julie !!! Bien sur que non puisque toi ça ne te fait rien ! Tu ne penses qu'à toi ! Tu me dégoûtes vraiment ! J'ai honte de t'avoir comme fille ! ! (Vincent)
_Tant mieux alors si Julie remonte un peu le niveau. (Karla)
____Sa main se lève. Elle claque. La fille tombe au sol sous le choc. Elle presse sa joue sur sa paume de main. Elle laisse couler une larme. Elle lève les yeux vers cet homme qui se dit être son père.
_Je te déteste. (Karla)
____Celui-ci hoche la tête puis se tourne et ouvre la porte. Il regarde toutefois une dernière fois sa fille par-dessus son épaule avant de sortir.
_Reste dans ta chambre ce soir. Et je ne veux pas te voir non plus du week-end. (Vincent)
____Sur ces mots, l'homme sort, laissant seule la demoiselle, encore assise, sur le sol. Elle lève ses yeux brillants au ciel et s'exclame pour elle-même :
_Ne t'inquiète pas pour ça. Papa. (Karla)
____Un sourire vient se loger sur les lèvres de la jeune fille. Elle ne sait pas pourquoi. Elle n'a même pas mal. Sa joue ne la brûle même plus. Elle n'a pas envie de pleurer.
____Une main appuyée sur ses côtes, elle se relève difficilement et prends le plus discrètement possible la direction de sa chambre. Arrivée dans la pièce, elle ne prend pas la peine d'allumer la lumière, et s'allonge sur son lit à contempler le ciel à travers sa fenêtre, dont les volets sont encore ouverts. Elle se lève ensuite et s'approche alors de cette vue de l'extérieur. Elle ouvre la fenêtre et passe la tête. Une légère brise fait voler ses cheveux et elle inspire de tout son corps cet air de liberté. La lune est pleine ce soir. Un profond soupir se fait entendre dans l'obscurité de la nuit. Juste un mois...
HuHu !
Pas d'inquiétudes, le mois va vite passer xD !
2 Chap' on croit & c'est le concert !
(L) Bisoux <3 on vous aiiiime :D !
May&Karla
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