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_Oui, maman, je sais ... Je ferai attention, promis ... Je ne sortirai pas tard le soir, maman !.. Non plus ... Mais puisque je te dis que Karla est dans l'appartement en face de l'hôtel ! Et les TH dans l'hôtel même. ... Hé ben, tu sais bien, les types que j'suis allée voir en concert, làà !.. Ouais, ça va, pas trop mal ...Mh ... Très responsables ... Oui, c'est ça, allez ... Ouais, moi aussi ... A plus, maman U____U !! (May)
____Elle raccroche en soupirant, et se tourne vers sa s½ur, assise sur le grand lit de Bill, en compagnie de celui-ci et des trois autres membres du groupe.
_Ma mère demande si tu ne préfères pas qu'elle te prenne une chambre à l'hôtel. (May)
_... Non, ça ira, mon père pense que je suis chez ma tante, et ... (Karla)
_Oh, Karla, ton père s'en fiche, de toute façon ! Il ne le saura pas, puisqu'il prendra pas la peine de t'appeler ! Si c'est juste parce que ça te tue de partager une suite avec moi, dis-le, qu'on en finisse ! (May)
_=O (Karla)
_... Désolée, mais je n'ai pas envie d'être gentille. (May)
_J'vois ça. (Karla)
____May soupire. Elle abuse, elle le sait. Mais elle en a assez de tout. Elle ne supporte plus rien. Aux côtés de sa s½ur, les quatre rock stars sont fixés sur la télé, ne les écoutant même pas. De toute façon, pour ce qu'ils en comprendraient ...
_Karla, pour la dernière fois, est-ce que tu veux loger à l'hôtel ? Tu ne seras pas plus tranquille que chez ta tante ? (May)
_Si, mais ... Tu te rends compte du prix d'une nuit dans une suite de cet hôtel ? (Karla)
_Non, pas vraiment ... (May)
_Tes parents ont les moyens ? (Karla)
_Bah non, ils s'endettent pour me faire plaisir, là. (May)
_U___U (Karla)
_Mon beau-père est milliardaire. (May)
_U____________________U (Karla)
_Alors, Karla !? Tu fais quoi ? (May)
_Je ... (Karla)
_Ça ne me dérangera pas, et mes parents non plus. (May)
_T___T Bon, d'accord ... Merci ... (Karla)
_Parfait. (May)
____Composant un sms rapide pour sa mère, la brune fait les cent pas, attendant la réponse, arrivant quelques minutes plus tard.
_La réservation est faite. Tu préviens ta tante ? (May)
_O_o Déjà ? (Karla)
____Elle ne prend pas la peine de répondre, et jette un coup d'½il dégoûté aux quatre garçons affalés sur le lit. Sa s½ur se lève, sûrement dans le but d'appeler sa tante, habitant pourtant juste en face. Elle se rassoit quelques minutes plus tard, signalant à May que c'est réglé. La jeune fille acquiesce, s'asseyant sur un siège, à l'écart des autres. Ils ont eu beau lui expliquer qu'ils restaient ici pour une à deux semaines, et Karla a eu beau s'excuser rapidement sans vraiment s'étaler, elle n'est pas ce qu'on pourrait appeler « satisfaite ». Elle redoute la vitesse à laquelle ce séjour risque de passer, ainsi que le fait de se retrouver seule avec la blonde. Le problème se posant reste le même : Elle ne la connaît pas.
____Epuisée, elle étouffe un bâillement, lorsqu'un accent ridicule et une voix grave la tirent de ses songes :
_May, tu viens avec nous ! (Tom)
____Elle le regarde comme s'il était la pire merde au monde, et se replonge dans ses pensées, sous l'air blasé du jeune homme.
_U____U Tu ne aime pas nous ? (Tom)
____Elle l'ignore toujours, le laissant tenter de parler le français, lorsque, après avoir formulé une nouvelle phrase, Bill s'impatiente et s'exclame en allemand :
_Bon, Tom, ta gueule ! Tu sais pas parler français, ça sert à rien ! Viens avec nous, May ! (Bill)
____Un court instant d'hésitation prend place dans sa tête, partagée entre l'envie de lui foutre un vent à lui aussi et celle de démoraliser un peu plus le guitariste. Finalement, elle se lève, et vient s'asseoir avec eux sur le lit, sous l'air dégoûté de Tom. Un silence s'installe dans la pièce durant lequel le regard de May se pose rapidement sur toutes les personne présentes. Elle s'attarde un peu sur Karla, n'ayant jusqu'ici pas pris le temps de l'observer attentivement. Son visage est identique au sien avec toute fois les yeux légèrement plus clairs, ses cheveux sont blonds naturels. Ses joues sont légèrement creusées, symbolisant le manque de nourriture. Ses cernes sont également profondément marqués. Ce qui ferait atroce sur quelqu'un d'autre ne gène même pas chez la blonde, son visage étant trop étincelant pour mettre en avant d'éventuels défauts.
____La brune ne peut retenir un soupir. La vérité c'est que Karla souffre, tant mentalement que physiquement. La vérité est que May ne connaît pas sa propre moitié et qu'elle lui en veut à elle qui, pourtant, est aussi perdue et partage sa souffrance. Au fond, la demoiselle sait que si elle se montre si odieuse, c'est parce qu'elle ne veut pas montrer qu'elle a mal. Comme elle n'avait jamais eu mal auparavant ...
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____Karla observe et imite. Elle s'installe donc sur une chaise dans la grande salle de l'hôtel. Les garçons ont décidé d'aller manger. Elle était soulagée par ce choix, le silence devenant trop pesant pour être supportable. La demoiselle se retrouve ainsi assise entre Bill et Gustav, juste en face de May qui ne daigne lui adresser la parole. Elle soupire alors que plusieurs serveurs s'approchent de leur table et leur tendent à chacun un menu précisément décoré. Elle ouvre donc celui-ci et reste un instant paralysée devant le premier chiffre qu'elle lit : 120 . Son cerveau bouillonne, ça ne peut pas être le prix, peut-être le numéro de la salade composé. U_U Elle lève la tête vers les autres adolescents qui ne semblent en rien surpris, seulement concentrés à choisir leur plat. Elle pousse un nouveau soupir et croise alors le regard du chanteur qui la fixe. Elle pique un fard et se réfugie dans son menu. Elle l'entend étouffer un léger rire. Alors qu'elle tente en vain de calmer les battements de son c½ur, une voix résonne derrière elle et la fait sursauter.
_Vous avez choisit ? (Serveur)
____Elle ouvre de grands yeux ronds et enfonce une fois de plus sa tête dans la carte. Toute la table commande et puis, un silence prend place. Elle sent parfaitement tous les regards peser sur elle. Ses joues s'empourprent encore plus alors que le serveur se racle la gorge en signe d'impatience.
_Karla, t'as choisi ? (Tom)
_Rien, merci. (Karla)
____Elle referme brutalement son menu et le tend au serveur qui la regarde, incrédule. Alors qu'il s'éloigne, la blonde baisse la tête, n'ayant de force pour affronter aucun regard. Personne n'ose parler à la table et elle s'en veut d'être la cause d'un tel silence. Tout se passerait mieux si elle n'était pas là.
_Tu es sûre que tu ne veux rien ? (Bill)
_Oui c'est bon, merci. (Karla)
_Ce sont les prix qui t'effraient à ce point là ? (Bill)
____De légers rires se font entendre face à cette remarque. L'adolescente n'en peut plus. Elle est usée. Elle a tout donné. Elle n'a plus rien, elle est vide. La force morale qui lui permet d'habitude de tenir n'est plus là. Elle sent les larmes lui monter aux yeux et elle sent également sont incapacités à les retenir. Elle se sent nue. Elle se sent nulle. Elle ne se sent même plus. Mais qu'est-ce qu'elle fait là ? Tout à coup, la pression est trop forte et la jeune fille craque littéralement.
_NON C'EST JUSTE QUE JE NE MANGE PAS OU ALORS JE LE GERBE AUSSITOT !! ET PUIS, EXCUSEZ-MOI, DE NE PAS FAIRE PARTIE DE VOTRE MONDE DE RICHE OU UNE SIMPLE SALADE COÛTE 120 EUROS !! (Karla)
____Tout le monde se taît dans le restaurant. La demoiselle est à présent debout, la respiration haletante, les yeux brouillés par les larmes. Face à elle, May, dont les yeux brillent. La blonde bouge rapidement la tête de gauche a droite puis repousse sa chaise contre la table avant de partir à pas lent vers le hall de l'hôtel.
____Elle appuie sur le bouton de l'ascenseur et se retient à celui-ci, ses jambes ne pouvant plus la soutenir. L'infirmière avait raison. Elle est bien trop faible. Même son propre corps ne tient plus. Elle ne reçoit aucune énergie. Elle voudrait dormir mais ne jamais se réveiller. Elle voudrait tellement tout ce qu'elle ne peut pas avoir. Elle pleure à chaudes larmes a présent. Où elle va les chercher, elle l'ignore. La porte de l'ascenseur s'ouvre et elle s'engouffre difficilement à l'intérieur. Alors qu'un vertige manque de la faire tomber au sol, une main la saisit au niveau du bras et la redresse. Elle lève les yeux pour se perdre dans ceux de Bill qui la regarde étrangement. Elle ne discerne pas l'inquiétude et la peur car personne n'a jamais ressentit ça vis-à-vis d'elle. Elle ne sait pas lire ce sentiment dans les yeux des gens. Elle ne comprend donc pas pourquoi le garçon la serre fermement et appuie son regard.
____A trop penser, ses jambes la lâche de nouveau mais cette fois, de façon brutale. Elle tombe à terre et entend vaguement Bill pousser un gémissement de terreur et de surprise. Celui-ci passe alors un bras sous ses jambes et un sous sa nuque et la soulève délicatement. Elle se laisse ainsi porter dans le couloir spacieux et lumineux de l'hôtel. Elle ferme les yeux, la luminosité l'aveuglant, et pose sa tête contre le torse du garçon qui continue de marcher.
____Une porte s'ouvre et elle se fait alors déposer sur un lit. Dans quelle chambre elle se trouve, elle l'ignore. Elle continue de pleurer, sa respiration coupée par de nombreux sanglots. Il s'assoit à côté d'elle et la regarde, toujours aussi inquiet. Il se sent impuissant et il déteste ça. Les larmes coulent encore un moment puis s'arrêtent finalement. Karla force son corps de lâcher prise. Elle veut sombrer. Elle ne peut plus. Ses yeux se ferment mais continuent de se re-ouvrir. Elle lutte pour s'endormir. Pour ne plus vivre au présent. Mais une main lui caresse le visage déformé par ses pleurs. Un doigt efface d'un passage les dernières traces de ce moment de faiblesse.
____Karla ne tient plus et ouvre les yeux. Elle lève le bras et tente de repousser celui de Bill mais la force lui manque et son membre retombe rapidement contre le matelas.
_Karla calme-toi. Je ne suis pas là pour te faire du mal. (Bill)
____Il a parlé en allemand cette fois. De cette voix si douce et si calme qu'elle en donne des frissons à la demoiselle.
_Va-t-en.... (Karla)
____Elle parle tellement doucement que ces mots n'arrivent même pas a ses propres oreilles. Elle prend une profonde inspiration et les répète légèrement plus fort mais d'une voix toujours si faible que le garçon les comprend à peine.
_Non je resterai là et je ne te demande pas ton avis. Est-ce que jusqu'ici je t'ai causé du tort ? Est-ce que j'ai cherché à te faire du mal ? Alors pourquoi tu n'as pas confiance en moi ? Je veux juste t'aider... (Bill)
_Pourquoi... (Karla)
_J'en sais rien... (Bill)
_Alors laisse-moi... s'il te plait... (Karla)
____Les larmes remontent et elle ne les arrête toujours pas. Le chanteur ne bouge pas, son c½ur serré par les paroles suppliantes de la demoiselle. Il soupire, et lui prend doucement la main, ne cessant d'essuyer ses larmes à l'aide de sa seconde.
_Non, Karla, je suis désolé, je te laisserai pas. T'as trop besoin d'parler. Alors dis-moi, je t'écoute. Je te jugerai pas. Jamais. Mais j't'en prie, ouvre-toi, ne renferme pas tout en toi ainsi, ou tu n'y arrivera jamais ... (Bill)
_Mais de quoi veux-tu que je te parle ? (Karla)
_De tout ... De ta vie, ta situation familiale, scolaire, de ... Ton anorexie ? (Bill)
_J'suis pas anorexique. (Karla)
_Comment appelles-tu ça alors ? Tu sais, il n'y a pas de honte à ça. (Bill)
_C'est trop récent, je coule, et j'ai rien pour me raccrocher. L'envie de manger disparaît, forcément. C'est tout. (Karla)
_C'est pas déjà trop ? Allez, Karla ! Dis-moi, tu sais aussi bien qu'moi qu't'en a besoin ... (Bill)
____Elle soupire faiblement, et plonge ses yeux dans les siens. Toujours le même contact. Quelques frissons apparaissent sur sa peau, et le jeune homme la recouvre aussitôt du drap de lit. Son regard toujours ancré dans le sien, elle sait qu'elle peut avoir confiance en lui. Lentement, la voix toujours tremblante et brisée par les larmes, elle se lance. Pour la première fois, elle s'ouvre à quelqu'un. Elle partage sa vie, ses souffrances.
_Okay ... Je vis avec mon père et ma belle-mère depuis aussi petite que je n'ai pas de souvenirs d'une vie avec d'autres. Je ne me souviens pas de ma mère, et je ne la connais pas. Une lettre chaque année pour mon anniversaire, et un chèque à vrai-dire assez élevé. A présent, j'imagine que mon père faisait de même pour May, mais je n'en savais rien. J'ai une demi-s½ur, Julie. Elle a treize ans, peut-être gentille à ses heures mais est légèrement trop aimée par mes « parents ». Ma belle-mère ne s'occupe pas de moi, ce qui est normal, elle a sa fille... (Karla)
_Non, c'est pas normal, Karla ... (Bill)
_... Et bien pour moi ça l'est, puisque je n'ai pas eu d'autre exemple. Mon père, c'est la même chose. J'ai sans cesse l'impression qu'il aurait préféré ne jamais m'avoir vue naître. En fait, ce n'est pas qu'une impression, parce qu'il me l'a répétée maintes fois. Lui, sa vie, sa famille, c'est Cécilia & Julie. Moi, je suis la tâche qui vient gâcher le tableau. D'ailleurs, ils se sont toujours arrangés pour programmer les séances « photos de famille » les jours où je n'étais pas là. Tu imagines à peu près ? C'est comme si je n'existais pas. Comme si j'étais transparente, que je n'avais pas la place dans cette famille. En rompant avec ma mère, mon père a rompu avec tout. Il aurait sûrement préféré que je vive aussi avec elle, sans partage de garde, et m'envoyer un chèque tous les ans. Mais à vrai-dire, j'aurai nettement préféré aussi. Tout ça, c'est depuis mes quatre, cinq ans, je sais pas. La vie commune avec ma mère je ne m'en souviens pas. La vie seule avec mon père non plus, Cécilia est bien vite arrivée. Julie par la suite. Depuis toute petite, les seules phrases que j'ai pues retenir ont été de simples « tu sers à rien », « tu gâches toujours tout », « tais-toi et souris, Karla, c'est tout ce qu'on te demande », « ne fais pas ci », « ne fais pas ça ». Des reproches. Encore et toujours des reproches. Pour peu que je me souvienne, mon père n'a jamais du être fier de moi. Alors il n'y a aucune raison pour que sa femme l'ait été. J'ai grandi trop vite, tu sais. Quand mes copines de l'école allaient retrouver leur mère dans la voiture à la sortie, qui leur promettaient crêpes et jeux en tout genre, j'attendais des heures que mon père vienne me chercher à son tour. Mais il m'oubliait sans cesse. Et je rentrais à pied. A six, sept ans. Peu lui importait, je n'existais pas. Et puis, est venue l'adolescence. Tu sais ? Pour tout le monde, les premiers vrais conflits avec les parents. « Est-ce que je peux me maquiller ? », « est-ce que je peux porter une jupe au dessus des genoux ? », « est-ce que je peux ci, est-ce que je peux ça ». Au tout début, j'ai fait pareil. J'ai demandé. Mais les choses n'allaient pas changer parce que moi, j'avais grandit. De plus, Julie était déjà là, à occuper tout leur temps. Julie, elle a eu l'enfance la plus heureuse au monde. Moi, je n'en ai pas eu. Et donc, forcément, à toutes mes demandes, c'est tout juste s'ils répondaient. De vagues « fais c'que tu veux » quand ils m'écoutaient. Et c'est tout. Alors bien sûr, j'ai fais c'que j'voulais. Quitte à mal tourner. Ma première cigarette. Mon premier joint. Ma première cuite. Mon premier baiser. Et mon premier rapport sexuel. J'ai tout eu avant tout l'monde. Quelle classe. A treize ans, tout juste, j'avais tous les mecs à mes pieds, et toutes mes copines ne cessaient de rabâcher « oh Karla, quelle chance tu as, d'avoir des parents aussi cool ! Ils te laissent faire ce qu'tu veux ». Je ne me suis jamais battue contre ça. Elles pouvaient bien dire ce qu'elles voulaient, j'avais appris à fermer ma gueule, et j'laissais tomber. Moi, juste moi, je savais bien que je n'avais pas d'chance. Mais je ne pouvais, je ne peux toujours pas imaginer, Bill, avoir quelqu'un à qui le confier, quelqu'un qui me comprendrait. Heureusement, la cigarette, le shit & l'abus d'alcool n'ont pas durés. Je me suis assez vite calmée avec les mecs aussi, pas mal dégoûtée de leur comportement envers une pauvre petite gamine naïve et déjà lassée de vivre comme moi. Et puis, il y avait ce vide. Ce vide que je n'arrivais pas à combler, à comprendre jusqu'à hier encore. Ce vide omniprésent en moi, ces sentiments qui parfois prenaient le dessus sur les miens sans avoir aucun rapport avec moi. Ça me rendait folle. Et dépressive. Maintenant, j'ai compris. Le vide en moi, c'est May. Et May, c'est le bonheur qu'on m'a toujours refusé. Mon père ignore même que je connais son existence, aujourd'hui. Il ne s'en ficherait peut-être pas de ça. Parce que ça le ferait chier. Organiser des rencontres avec son ex-femme dont il a effacé toute trace, revoir son autre fille. S'occuper un minimum de moi. Risquer de passer au tribunal pour revoir les droits de gardes. Non, sur ça, apparemment, mon père n'a jamais lésiné. Il a toujours fait gaffe à ne rien laisser déborder, à ne rien laisser transparaître. Il a du effacer May de sa mémoire en même temps qu'il m'a moi-même giclée de là. Je ne sais même pas comment il a fait pour se souvenir de son anniversaire. Sûrement une alarme sur son portable. Un truc machinal à faire chaque année. Sans arrières pensées. Sans « c'est pour ma fille » en tête. Et encore. Je suppose que cette année, elle n'a eu droit à rien, parce que moi-même, j'ai du hurler avoir seize ans pour avoir un cadeau. Et quel cadeau. Vous. Tokio Hotel au Parc des Princes. Il s'est défoncé sur ce coup là. C'est la seule chose qu'il doit connaître de moi, votre musique étant trop forte dans ma chambre pour qu'ils puissent ignorer mon adoration pour votre groupe. Et tu sais, Bill, s'il savait, en cet instant, il regretterait cette offrande. J'ai retrouvé ma s½ur, et forgé un lien plus qu'étrange avec l'un des membres du groupe. J'ai trouvé quelqu'un qui m'écoute, me console, m'aide. En une petite soirée. Tout est allé si vite. Ça fait bien seize ans que je ne m'étais pas sentie vivre. Et juste ce soir là, ce 21 Juin 2008, t'a réussi à me faire rire, sourire, pleurer, vivre. C'est énorme, Bill. Si gros que je réalise à peine. Et d'ailleurs, je ne comprends toujours pas. Pourquoi ? (Karla)
____Elle ose à nouveau regarder le jeune homme, son regard s'étant fixé sur le mur en face durant tout son monologue. Elle a parlé, elle s'est libérée d'un poids énorme. Elle a même cessé de pleurer. Elle a tout expliqué comme ça, le regard vide et le c½ur déjà mort. Elle n'a rien ressentit. Tout ça était enfouit, mais elle le savait très bien. Trop bien. Ses yeux se posant sur le brun, elle les écarquille en grand. Une fine larme coule sur la joue droite du garçon ; il ne fuit pas son regard.
_Bill ? (Karla)
____Il ne répond pas, l'air réellement affecté. Elle répète à nouveau ce prénom qu'elle ne pensait pas dire de si tôt directement, essuyant à son tour le chagrin du chanteur.
_Je veux changer tout ça, Karla. Il n'y a pas de « Pourquoi ». Je sais pas pourquoi. C'est toi, ton regard, tout toi, en une soirée, t'as fait passer en moi des choses encore inconnue. Plus fortes que tout c'que j'avais éprouvé jusqu'ici auparavant. C'est inexplicable. Mais je veux changer tout ça. Je veux que, lorsque tu me parlera de ces choses là, plus tard, tu aies l'air désespérée que ça ait pu se produire. Pas juste blasée et habituée. Pas juste si passive. Pas juste encore sous l'effet de ces choses qui sont encore encrées en toi. J'veux pas qu'tu les oublies, parce que savoir ce que c'est que ressentir tout ça constituera une très grande force en toi, mais j'veux juste que tu laisse ça de côté, que tu ne les ressentes plus jamais. J'veux vraiment changer tout ça. Sans autre raison apparente que c'est toi, et que j'arrive pas à m'faire à l'idée que tu puisses souffrir autant. Même si, d'apparence, tu n'es qu'une parfaite inconnue ... (Bill)
____Elle reste là, soufflée, à l'observer la bouche ouverte. Et elle se remet à pleurer. Pour des choses qu'elle n'avait encore jamais entendues, qu'elle pensait ne jamais entendre un jour. Le brun la recouche correctement, la couvrant chaudement, et dépose un baiser sur son front brûlant par sa faiblesse.
_Il faut que tu te reposes. Je dirai à May de ne pas faire de bruit lorsqu'elle rejoindra la suite, et je vais lui rendre sa carte maintenant. Demain, à ton réveil, tu composes le numéro que je vais tout de suite inscrire sur un bout de papier, qui sera posé sur ta table de chevet, et je viendrai déjeuner avec toi. Et tu déjeuneras. Sans vomir ensuite. (Bill)
____Elle ouvre la bouche pour le contredire mais, n'en trouvant pas la force, se contente de fermer les yeux, prête à s'endormir. Et malgré tout ce qu'elle aurait souhaité dire, avec la pensée qu'elle se réveillera le lendemain matin. Elle entend tout juste le brun griffonner son numéro sur le bout de papier, le déposer à ses côtés, et fermer la porte, qu'elle est déjà profondément endormie.
Karla&May
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