*
____Les deux amants, enlacés l'un contre l'autre, se lèvent finalement aux alentours de treize heures, après s'être accordé un petit somme suite à leur épuisante activité. Karla soupire, prenant compte du fait qu'elle serait mieux suite à une nouvelle douche, et le brun rigole un instant avant de la prendre par la main. Lui, recouvert de son sous-vêtement, elle de sa serviette, ils se dirigent à pas lents vers la salle de bain qui, Oh ! Chance ! est inoccupée. Un silence prend place, les deux jeunes gens se fixant intensément. Puis, brusquement, le chanteur retire une nouvelle fois la serviette de la blonde, la poussant dans la cabine de douche. Elle rit, et allume le jet d'eau, tandis que son beau Bill daigne enfin la rejoindre. Leur toilette dure une bonne demie-heure, finissant à l'eau froide étant donné le nombre de douches ayant déjà été prises depuis ce matin, et ils sortent enfin, le sourire aux lèvres et embaumant la pièce d'un doux parfum chocolaté. Posant rapidement ses lèvres sur celles du brun, Karla lui signale qu'elle va s'habiller, sortant encore avec sa chère serviette. Bill lui répond tout juste, un sourire béat collé aux lèvres. Le même sourire qu'elle-même arbore depuis quelques jours. Accompagnant les bonds dans son estomac et la douce chaleur dans son c½ur. Elle parvient jusqu'à sa chambre sans encombre, et enfile rapidement un slim jean, prenant compte du temps moins radieux qu'en France régnant sur Hambourg. Un tee-shirt blanc, des sandales, et quelques bijoux, elle est prête. En mode : « Tiens, je sens qu'aujourd'hui je reste à la maison ! ». Elle laisse ses cheveux sécher à nouveau à l'air libre, tandis qu'ils gouttent sur ses épaules, son dos et sa poitrine. C'est lorsqu'elle vérifie une dernière fois son apparence dans la glace, terminant de se maquiller légèrement, que trois petits coups sont frappés à sa porte, l'obligeant à ouvrir la bouche.
_Oui ? (Karla)
____La poignée s'abaisse, la porte s'ouvre. Sa s½ur pénètre lentement dans la chambre, le visage dénué de toute expression.
_Salut. (May)
_Bonjour, May. T'as bien dormi ? (Karla)
_...(May)
_Ah. Moi, ça va. (Karla)
_Désolée, mais rien que le fait d'ouvrir la bouche me fait profondément chier, alors évite les commentaires du genre. (May)
____Un silence. Les yeux de la brune sont plus noirs que jamais, tout son corps se tenant raide. Sa voix est froide, dure. Mais Karla ne s'inclinera pas. Elle n'est pas en tort, May n'a rien à lui reprocher. Ainsi, elle soutient son regard, sa bouche pendant légèrement vers le bas. Quelques minutes passent avant que la plus jeune des deux daigne enfin baisser le regard, poussant un profond soupir.
_Excuse-moi. (May)
_On s'en fout. Tu venais me dire quelque chose de particulier ? (Karla)
_On bouffe. (May)
_Ah. J'arrive. (Karla)
____Aucune réponse ne lui parvient, mis à part la poignée qui s'abaisse encore, et la porte qui se referme. Elle soupire longuement. Et le baume au c½ur qu'elle éprouvait se voile un petit peu. Beaucoup. Chassant toutes ces pensées, elle traverse la chambre à grands pas, et passe le couloir pour atterrir dans la pièce principale. Tous sont déjà attablés, et elle ne tarde pas à les rejoindre, s'installant entre Bill & May. Le chanteur lui adresse un sourire, qu'elle lui rend. Sa jumelle les observe d'un air dégoûté, et les deux protagonistes grimacent aussitôt.
_Où est Tom ? (Georg)
_Il arrive. (Bill)
____Le silence reprend instantanément. Et puis, immédiatement, le guitariste pointe le bout de son nez, les yeux fixés sur le sol. Il s'assoit à un bout de la table, à une distance d'ailleurs plus que distante de May. Les regards s'échangent, mais personne ne dit rien. Sans un mot, Tom avale goulûment quelques gorgées d'eau, avant de se servir une quantité de pâtes raisonnable. Georg toussote alors d'un air gêné, et relance la conversation :
_Alors, quoi de prévu cet après-midi !? (Georg)
_Et bien, pas grand chose. Ça sent la journée « on se réunit tous quelque part et on parle en bouffant des chips & des bonbons ». (Gustav)
_Ah, c'est pas plus mal =D ! (Georg)
_Il faut pas que tu appelles ta mère, May ? (Gustav)
____Tous les regards se tournent vers la brune, qui semble avaler de travers le peu d'eau qu'elle avait osé tenter d'ingurgiter. Ses yeux restent fixés sur Gustav, lui adressant un sourire amical, mais Karla voit nettement qu'elle met toute sa « bonne » volonté en ½uvre pour ne pas tenir compte du regard d'une toute autre personne, qui la foudroie sur place. Lui fait regretter d'être là, assise à la même table que Lui. D'oser exister.
_Euh, si, si. Je le ferai après manger. (May)
_Pas de problèmes. (Georg)
_Je resterai avec toi. (Karla)
_Mh. (May)
____Le reste du repas continue dans la même ambiance. Georg tente de relever les sujets de conversation, mais finit toujours par se rendre compte qu'il dialogue seul avec Gustav. Karla n'a de cesse de lancer quelques regards suppliants à Bill, qui les lui rend. Autant l'un que l'autre ressent les peines de son double. Et ne sait comment y faire face. Puis, enfin, le bassiste se lève, empilant les assiettes et signalant la fin du repas. Les autres imitent, rangeant le tout dans le lave vaisselle, et les deux s½urs partent s'isoler dans leur chambre, le moral au plus bas. Là, elles s'assoient toutes deux sur le lit, et observent le téléphone posé à leurs côtés, hésitantes. Enfin, après plusieurs longues minutes, May agrippe l'objet en soupirant, et compose le numéro de chez elle, n'oubliant pas le code nécessaire aux appels France-Allemagne avant les chiffres clés. Elle enclenche le haut-parleur, mais garde tout de même le combiné collé à son oreille. Une sonnerie. Puis deux. Trois. A chaque « biiiip » qui se déclare, leurs deux c½urs tombent à l'unisson et toujours plus bas dans leurs poitrines. Enfin, à la cinquième sonnerie, la voix de Christian se fait entendre. May & Karla échangent toutes deux un regard apeuré, tentant de se donner du courage. Et puis, anxieusement, la brune s'annonce :
_Oui, bonjour, c'est May, je... (May)
_May !? C'est May !? Tu te fous de moi !? (Christian)
_Mmmh, non, je... (May)
____Elle n'a pas le temps de patauger un peu plus, qu'une dispute semble se dérouler entre Christian et une femme, qui prend d'ailleurs le téléphone :
_May ! Ma chérie, écoute, calme-toi tout va bien, Christian ne voulait pas être méchant avec toi, T-O-U-T V-A B-I-E-N ! Je sais que tu regrettes, mais chérie, dis-moi où tu es j'envoie immédiatement quelqu'un te chercher ! Mon dieu, si tu savais comme les voisins ont parlé, ils ne voulaient pas croire à des prolongations de vacances, mais ça va, ça va, je vois bien que tu regrettes mon bébé, tout va bien maintenant, tu vas rentrer sagement à la maison et tout rentrera dans l'ordre ! Dis-moi vite où tu es, mon c½ur, je t'envoie quelqu... (Stéphanie)
_NON ! (May)
____Le silence horrifié dont elle a fait preuve durant tout le monologue de sa mère fait ainsi place à de la haine, tandis qu'elle accumule ses paroles. Karla pose une main sur son bras, en guise de soutien. Elle-même reste assez choquée, se répétant en boucle les dires de cette femme, qui n'est autre que sa génitrice, sa mère à elle aussi. Un blanc assez effrayant se diffuse dans l'appareil téléphonique, et la voix reprend plus lentement :
_May... Il est inscrit sur mon fixe que l'appel vient d'Allemagne. Je ne suis pas sûre d'apprécier. (Stéphanie)
____L'interpellée se mord la lèvre, tandis que la blonde s'allonge sur le lit, retenant de peu quelques injures.
_Ecoute, ça ne va pas du tout. Je refuse de me séparer de Karla, alors puisque tu es incapable de la garder avec nous, de faire un peu de bruit pour retrouver ta première fille, et bien je ne rentrerai pas. Il est inutile d'envoyer quelqu'un me chercher, quand bien même je serai en Alaska. De toute façon, je reste ici. On est grandes, on sait se débrouiller. Autant son père que toi n'en avaient au fond rien à foutre, lui ça lui va ainsi et toi tu veux simplement conserver ton image. Ici, on manque de rien, on est avec des personnes responsables et majeures. Je te demande simplement de ne pas alerter la police, et de ne pas tenter de nous retrouver. A moins que... Tu ne viennes nous chercher avec un papier ayant reconsidéré notre garde. (May)
____Un nouveau silence s'installe. Seul Christian hurlant des injures à l'égard de « cette sale petite peste pourrie-gâtée » à qui « il va apprendre la vie » et qui « ne perd rien pour attendre » venant le troubler, ses dires leur parvenant de loin. Sa mère reprend enfin la parole, ne tenant nullement compte des hurlements de son mari.
_May, ne serais-tu pas un peu en train de te foutre de moi ? (Stéphanie)
_Me foutre de toi ? C'est pas un peu le contraire, non ? (May)
_Heureusement que tu es en Allemagne, ma main n'est pas assez longue pour venir atteindre ta joue. Tu n'as pas à t'en faire pour la police, tu me connais. (Stéphanie)
_Bien sûr, la ville entière serait au courant de la débauche dans laquelle tu vis. (May)
_Cesse ces allusions stupides, jeune fille. Si je dois te ramener ici, je le ferai sans l'aide de ces policiers, et ça n'a rien à voir avec le bruit que cela pourrait causer à Toulouse ! Maintenant, tu te dis grande, mais peut-être oublis-tu que, pour vivre dans un pays étranger, il faut en obtenir la nationalité ? Oh, voyons, peut-on se faire émanciper de France à Allemagne ? (Stéphanie)
____L'angoisse refait surface dans l'esprit des deux s½urs, qui ne se quittent pas des yeux.
_Je ne veux pas rentrer. Je suis trop malheureuse avec toi. (May)
_Malheureuse !? Tu es MALHEUREUSE !? (Stéphanie)
_Oui. (May)
_MAY ! TU AS TOUT CE QUE TU VEUX ! ET UNE MAISON IMMENSE POUR FAIRE TOUTES LES FÊTES QUE TU SOUHAITE, ET TOUTE UNE GARDE-ROBE DIGNE DES PLUS GRANDS MANNEQUINS, ET LE DROIT DE FAIRE CE QUE TU VEUX QUAND TU VEUX !! ET TU ES MALHEUREUSE !?? (Stéphanie)
_LA FERME ! TU COMPRENDS RIEN ! J'M'EN BRANLE DE FAIRE DES PIRES FÊTES AVEC DES GENS QUE J'CONNAIS PAS ! J'M'EN BRANLE DE VOTRE FRIC ! TOUT C'QUE ÇA A FAIT D'MOI, C'EST UNE PAUVRE FILLE ! J'AI PAS DE VRAIS AMIS, JUSTE DES GENS QUI PROFITENT DE LA SUPER POPULARITÉ QUE J'AI ACQUISE GRÂCE A, TOUJOURS, VOTRE ARGENT ! J'AI PERSONNE AVEC MOI ! OUI, J'AIME LA MODE, J'AIME LE FAIT D'AVOIR UNE GRANDE MAISON, OU PLUTÔT J'AIMAIS ! CE QUE ÇA A FAIT DE MOI, DE MA VIE, ME RÉPUGNE COMPLÈTEMENT ! JE SUIS SEULE, TU CALES, ÇA ?! J'AI PERSONNE AVEC MOI ! J'AI TOUT CE QUE JE VEUX, SAUF, sauf... Je ne suis même pas capable de te le dire... J'suis tellement rien pour toi, juste un objet matériel en plus des autres, que dans ma tête j'suis plus rien pour personne... J'ai personne à qui me confier, personne avec qui pleurer, et rire... Et ça, ça s'achète pas... (May)
____Une larme. Et une autre. Karla garde ses yeux grands ouverts fixés sur sa jumelle, choquée. Elle ne lui avait encore jamais parlé de sa vie chez elle. Elle savait juste qu'elle était aisée. Et populaire. La voix de May se brise, et elle sent qu'elle culpabilise de tant s'éloigner du sujet. Comme pour l'accabler un peu plus, à l'autre bout du fil, aucune réponse ne se fait entendre. Silencieusement, la blonde se redresse un peu, et se rapproche de sa s½ur, la prenant doucement dans ses bras. Elle n'obtient aucun retour, mais ne s'en formalise pas.
_De toute façon, on s'en fout. Trouve quelque chose. Je veux rester en Allemagne. Alors trouve un truc, envoie-moi les papiers nécessaires, nationalise-nous Allemande, trouve-nous des cours par correspondance, mais je rentrerai pas, en tout cas pas sans ma s½ur... (May)
_Tu te rends compte, May ? Tu te rends compte... De ce que tu me dis ? Après tout, tout ce que j'ai fait pour toi ? (Stéphanie)
_... (May)
_Tu es folle, hein ! Dérangée ! Tu aurais du aller le voir, ce psy, oui ! J'ai peine à croire que t'es ma fille ! T'as vraiment rien dans le crâne, mince ! (Stéphanie)
_... (May)
_BON SANG, MAY ! TU CROIS VRAIMENT QUE JE VAIS T'OBEIR !? (Stéphanie)
_... (May)
_Mais c'est pas vrai, c'est pas vrai !.. (Stéphanie)
_Juste les vacances. (Karla)
____Un silence. May, qui restait jusqu'alors passive, observe sa s½ur avec des yeux ronds. Leur mère, pleurnichant au téléphone il y a encore quelques secondes, bégaye longuement. Et Karla, la voix brisée par les pleurs qu'elle partage avec la jeune brune, consciente qu'elle ne peut plus reculer, tente de prendre cette femme d'allure si froide par les sentiments. Si sentiments elle est encore apte à éprouver. Si c½ur il lui reste.
_S'il vous plaît... Madame, maman... Laissez-nous au moins les vacances, et ensuite, trouvez-nous un moyen de vivre ensemble, même si c'est en France... Mais on ne veut pas être séparées... Plus jamais... Et s'il vous est impossible d'accomplir nos souhaits, on trouvera bien un moyen comme un autre de rester ensemble, en paix. (Karla)
____Un hoquet sort de la bouche de Stéphanie, en même temps que les yeux de May s'ouvrent toujours plus comme des soucoupes. Sans se contrôler, elle s'exclame à haute voix :
_Tu comptes nous suicider O_O ? (May)
____La blonde lui lance un regard de reproche, et elle se tait aussitôt. Serrées l'une contre l'autre, détruites par la peur d'une nouvelle séparation qui leur serait insupportable, elles attendent. Une réponse. Une seule petite réponse.
_...Bien. Je vous laisse l'été à passer en Allemagne, mais dites-moi où vous logez, que je vous envoie de quoi vous nourrir, vêtir, et autres. Je parlerai à votre père, et nous reconsidèrerons la garde. (Stéphanie)
____Deux larmes parfaitement identiques s'écoulent de leurs yeux, tandis qu'elles expirent de soulagement, détendant tout leurs corps.
_Prends la garde pour nous deux. Je suis peut-être malheureuse, mais avec Karla je le serai plus, je ne serai pas seule. Pas totalement. (May)
_Je ne suis pas une mauvaise mère, May... J'ai toujours tout fait pour que tu ne manques de rien... (Stéphanie)
_... Mmh...Mais j'ai presque manqué de rien. Juste d'amour. (May)
_V_______________V (Karla&Stéphanie)
_Où logez-vous ? (Stéphanie)
____Elles se lancent un regard hésitant, et capitulent finalement, échangeant numéro de téléphone & adresse postale. Quelques faibles « au revoir » de plates excuses toutefois pleines de culpabilités de la part des trois femmes, et le téléphone reprend sa place initiale, délaissé sur le lit.
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_Et elle vous laisse ici pour les vacances ? (Georg)
_Oui... (Karla) ____Silence. Bill, Georg, Gustav, Karla, et May se dévisagent. Tom, assit à leurs côtés, avale quelques chips, indifférent à la conversation. Ils sont tous les six confortablement installés dans la salle de musique, sur un canapé. Les garçons font semblant de répéter, discutant et mangeant en réalité chips sur chips avec les filles. Et David est content, ils ne l'ont pas sur le dos.
_Oh...C'est sûr, vous n'êtes pas majeures... Il aurait été difficile que vous obteniez le droit de vivre avec nous, en Allemagne. Ç'aurait fait beaucoup de bruit, ça serait passé dans les journaux. (Gustav)
_Oui... (Karla)
_Mais... Mais on viendra vous voir souvent =]. On achètera une villa à Toulouse ! Et comme ça, dès qu'on aura pas de tournées ou autre, on sera là ! (Georg)
_Vous feriez ça !? (Karla)
_Bien sûr =] ! (Gustav)
____Silence. Karla adresse un sourire renversant aux deux G's, tandis que Tom prend bien soin de faire le plus de bruit possible en mangeant ses chips. S'attirant ainsi les foudres de May, qui garde son regard plus froid que jamais fixé sur lui. Il l'ignore ostensiblement. Et puis, il y a Bill. Bill qui, Lui, reste silencieux, ses yeux cloués sur la jeune blonde. Qui évite son regard. Son regard triste, démoralisé. Qu'elle ne saurait affronter, May le sait.
_En plus, j'adore Toulouse ! ça sera super ! Et la villa sera tellement grande, que vous viendrez y loger quand vous voudrez ! On pourra y inviter nos proches et nos parents dès qu'ils le voudront ! (Gustav)
____May sent bien que ces paroles font rêver sa s½ur au plus haut point. Mais elle n'y peut rien, elle y reste insensible. Elle ne sait si elle peut y croire. Si elle peut espérer. Si cette vie avec eux peut coller avec celle qu'elle mène à Toulouse. S'ils ne seront pas horrifiés de redécouvrir l'autre May. La fausse May. L'orgueilleuse, bourgeoise & hautaine actrice. Alors, elle continue de fixer Tom. De le tuer avec ses yeux. De déverser sa haine sur lui. Les discussions s'enchaînent mais, tout comme Bill & Tom, elle ne les écoute plus. A présent, le guitariste a terminé ses chips. Il soutient son regard. Rien ne passe. Rien ne se dit. Ils se regardent, sans se voir. C'est vide. Dénué de tout échange. De toute expression. Ils sont juste là, face à face, à se toiser d'un air hautain. Sans rien ressentir. & Finalement, Bill semble réussir à accrocher le regard de Karla. Puisqu'elle soupire, et se lève. Lui prend la main. Mais tout ça, May ne le voit que du coin des yeux, sans y faire réellement attention. Sa s½ur signale qu'ils doivent parler, et ils sortent de la salle en silence. Georg & Gustav tentent de rester durant un court instant. Ils essayent de parler, de lancer une conversation. Mais abandonnent rapidement devant les deux adolescents, qui n'ont toujours pas bougé. & Ils se lèvent aussi. Sans prendre la peine de leur signaler où ils vont, sachant pertinemment que c'est inutile, qu'ils ne les entendront pas. La porte claque. Les ramènent brusquement à la réalité. Leurs yeux se trouvent, et se détachent aussitôt. Il se lève.
____May fait de même, se trouvant ainsi face à lui. Comme si elle voulait l'empêcher de passer. Elle-même ne se comprend pas. Elle-même n'y voit plus clair du tout. Elle ne sait plus. Elle n'a simplement plus envie de jouer. De prendre sur elle. Pour sa fierté. Elle voudrait que tout finisse, que tout s'arrange. C'est une situation qu'elle n'est plus apte à supporter. Qui la tue, lentement, douloureusement. Qui la détruit, la réduit en miettes. La bousille complètement. Et son c½ur, ce qu'il reste de son c½ur, ce qui n'est pas encore trop abîmé, ne fait qu'approuver. Lui hurle de cesser tout cela, de faire le premier pas. De se laisser aller. De se montrer à découvert. Mais comme toujours, sa tête ne s'accorde pas avec ce c½ur. & Sa tête, il lui semble qu'elle est encore entière. Qu'elle gagne du terrain. Qu'elle écrase le reste de cet organe qui ne devrait pas s'appeler « c½ur ». Qui ne devrait rien ressentir. Juste rester à sa place. & Faire passer son sang.
____Il ne bouge pas. Reste face à elle. Attend ? Est-ce qu'il attend ? Mais qu'est-ce qu'il attend ? Et qu'est-ce qu'elle doit dire ? Faire ? Ecouter son c½ur déjà usé, trop souvent brisé ? Ou n'en faire qu'à sa tête, et risquer ne jamais en finir ? Pourquoi faut-il toujours que ce soit à elle de tout faire ? Les efforts, pour obtenir ce qu'elle veut. Ça n'a pas de sens, ou plus. Elle ne sait plus rien. Elle n'est même plus capable de faire la différence entre sa tête & son c½ur. Puisque son c½ur retranscrit chacun de ses battements accélérés dans sa tête. Et que sa tête n'est plus apte à réfléchir.
____Et puis, il s'impatiente. La contourne. S'apprête à s'en aller. En soupirant. La panique s'empare d'elle, son c½ur s'emballe encore. Il bat trop vite pour un organe si abattu. Il fait trop mal pour un, d'ailleurs, si petit organe. Il n'est plus temps de réfléchir, juste d'agir. Sans penser. Sans réaliser. Juste tenter quelque chose. Et tant pis s'il faut le regretter. Elle n'a plus rien à perdre. Et tant pis si elle perd définitivement son c½ur cette fois-ci.
_Attends. (May)
____Il se stoppe. La main sur la poignée, dos à elle. Ses sens sont en éveil, alors que ceux de la jeune fille sont déjà morts.
_Tom. (May)
____Il se retourne enfin, se collant contre la porte. Ce trait rosé sur son visage, c'est un sourire ?
_May ? (Tom)
____Une moquerie.
_Ça peut plus durer. (May)
_ê_é Oh ? Quoi donc ? Qu'est-ce qui ne peut plus durer, May ? (Tom)
____Une raillerie.
_Je... Nous... Nous, ça peut plus durer...(May)
_Nous ? Nous !? C'est quoi, « nous », May !? Il n'y a pas de Nous. (Tom)
____& Cette fois, un coup fatal. Plus aucun semblant de confiance, plus aucun semblant de courage. Plus rien. De la douleur. Un peu. Beaucoup. Trop. Son c½ur éclate. Pour de bon. Il tombe, et tombe, et tombe. Il n'y a plus d'issue. Il est mort. Elle meurt. Elle tombe. Elle sait plus. Brusquement, un son assourdissant parvient à ses oreilles. Elle cherche d'où cela peut-il bien provenir, sans rien distinguer vraiment autour d'elle. Une douleur à la nuque. Une douleur partout. Un cri étonné. Et elle réalise simplement que ce puissant vacarme, c'était sa chute. Sa dernière chute. Ou pas. Son corps est chaud, elle tout entière crève de chaud, et son cou la brûle, fortement, puissamment. Deux paumes glacées viennent se placer contre ses joues, sans qu'elle comprenne. La froideur de ces mains vient agripper sa nuque, son bras. La relève. Si elle ne peut plus lutter, si elle se sent partir, elle ne veut plus rien lui devoir. Plus jamais.
_Va-t-en... (May)
____Il ne bouge pas, la soutient encore. Pourtant, il ne dit rien. Ses yeux restent froids. Il ne veut pas se laisser émouvoir. Et elle essaye. De tenir. Encore un peu. Qu'on la laisse mourir seule, pitié, qu'on la laisse mourir seule...
_VA-T-EN ! (May)
____Même ses cris sont inutiles. Elle hurle, mais sa voix est faible. Aiguë, brisée. Se mélange aux larmes. Aux sanglots. Elle tente de le pousser, le griffe un peu, remue dans tous les sens comme si le diable l'habitait. Mais rien n'y change. Il continue de la tenir. Insensible. Distant & trop proche à la fois. Elle hurle. D'un cri suraigu, presque démentiel. D'un cri qui retranscrit sa douleur. Un cri digne de quelqu'un qui se fait assassiner, voire violer. Un cri qui n'en finit pas. Qui lui fait mal tant il est fort, qui l'oblige à se courber, qui fait couler mille et une larmes. Et elle meurt. Elle meurt. Bien trop lentement.
____Cette fois, il réagit. Il l'oblige à se redresser, et la plaque violemment contre le mur. Elle continue de crier, de se débattre, mais elle sait bien que personne ne l'entendra, au vu de l'insonorisation profonde des murs. Et puis, brusquement, il la fait taire. Il plaque brutalement ses lèvres contre les siennes, coupant tout semblant de respiration à la jeune fille, qui pleure toujours plus. Et il l'embrasse, violemment, sans lui laisser ne serait-ce qu'un peu de répit. Lorsqu'il se retire, au bout de plusieurs minutes paraissant interminables aux yeux de la brune, elle se laisse glisser contre le mur, sonnée. Il suit le mouvement, s'agenouillant face à elle. Il laisse l'une de ses mains posée contre sa joue droite, essuyant quelques larmes au passage.
_Tu... me fais... mal, Tom... Trop mal... (May)
____Pour toute réponse, il baisse les yeux.
_Mais...Toi aussi, tu m'fais trop mal... J'ai b'soin d'comprendre... Pourquoi ? Pourquoi, ce soir-là... Ce matin... T'avais pas l'droit d'me laisser... T'avais pas l'droit, May... (Tom)
____Et elle pleure, encore. Elle ne peut pas lui expliquer, elle ne pourra jamais...Tout ce qu'elle peut tenter de faire, c'est l'éclairer par des codes. Avant que son c½ur ne s'éteigne définitivement. Avant que chaque morceau brisé ne soit irrécupérable.
_Je... J'peux plus, Tom... J'peux plus faire confiance... C'est trop dur, tu sais pas... Ce soir-là... Oublie-le, s'il te plaît, fais en sorte qu'on reparte à zéro, mais oublie ça, oublie tout c'que t'as pu ressentir, c'que j'ai pu ressentir, ça n'se reproduira pas... Plus... (May)
____Elle sait qu'elle lui fait encore du mal, avec ces mots. Mais il ne peut en être autrement. Dans un mois et demi, elle n'est plus là, et puis... Elle a bien trop peur, trop peur que l'histoire se répète. C'est un doute omniprésent, qu'elle s'en veut d'éprouver, mais c'est malgré elle, contre sa volonté...
_May, May ! Bordel, je... Tu PEUX PAS me demander d'oublier ! Tu PEUX PAS me dire que ça ne se reproduira pas ! Tu PEUX PAS faire comme si j'avais rien ressenti, comme si t'avais rien ressenti ! Putain, May, tu crois que j'ai pas réfléchi, après tout ça, tu crois que j'me suis pas posé des questions ? Tu m'as tué, ce matin-là, tu m'as tué ! Mais, merde, May ! Je...Tu... Qu'est-ce qui t'empêches de tenter quelque chose avec moi !? Ose me dire que tu n'éprouves absolument rien, pour moi ! Ose-le ! (Tom)
____Retrouvant quelques forces, elle se redresse brusquement.
_Arrête ! (May)
_Non, May, non j'arrêt'rai pas ! J'ai besoin d'toi ! Et ne me laisse pas croire que tu n'as pas besoin d'moi !! J'ai vu, tu sais, dès la première fois, j'ai vu qu'avec toi ce serait différent ! J'ai vu au-delà de tes sourires, et de tes jeux d'actrices ! J'voulais sincèrement, je veux sincèrement t'aider, May ! Mais pour ça, il y a une chose que tu dois faire ! Mon c½ur, May, mon c½ur ! Tu l'as complètement brisé ! Tu te dois d'le réparer, tu crois pas !? (Tom)
_Non ! J'te dois rien, absolument rien ! J'dois rien à personne ! (May)
____Cette fois, ils sont tous deux debout, face à face. Elle, collée contre le mur, lui quasiment collé à elle. Il hurle, elle pleure. Elle hurle, et il retient ses larmes.
_Je veux t'aider, May ! Laisse-m'en l'opportunité, arrête de fuir ! (Tom)
_Mais tu PEUX PAS m'aider ! Personne ne peut ! Il est trop tard ! Beaucoup, trop tard... ça fait bien longtemps que mon c½ur à moi est brisé, et tu n'as fait que l'achever un peu plus... Plus personne ne peut le réparer... Alors trouve-toi quelqu'un d'autre pour recoller les morceaux du tien ! (May)
_T'es la seule qui peut le faire, et tu l'sais très bien. Et si je ne pouvais pas t'aider, il y a bien longtemps que tu ne serais plus là. Bien longtemps que tu aurais abandonné. (Tom)
_Non, non, non ! J'ai joué avec toi ce soir-là, comme je jouais avec toi depuis l'début ! C'est pas ce dont tu es persuadé !? (May)
_Si. (Tom)
_Et bien alors ! Pourquoi ? Pourquoi ? Je comprends pas, merde, tue-moi une bonne fois pour toutes, mais arrête ça ! (May)
_J'ai réfléchi. Peut-être, peut-être, May, que tu t'es jouée de moi depuis le début. Mais pas moi. Moi j'étais sincère. Et je ne suis sûr de rien. Et toi tu as besoin d'aide. Et rien que pour ça, je veux tenter. Quitte à m'y brûler les ailes, à terminer l'assassinat de mon c½ur. J'ai besoin d'toi. Jure-moi que tu n'as pas besoin d'moi. Jure-moi que tu me hais. Et là, peut-être, alors peut-être que j'abandonnerai. (Tom)
____Un silence. Elle baisse les bras. Elle abandonne. Elle voudrait le lui dire, mais elle n'en est pas capable.
_May. Tu sais mentir. Alors pourquoi tu ne dis rien ? (Tom)
_Je...(May)
_Tu me hais ? (Tom)
____Non, non, non !
_... (May)
_J'suis pas comme lui, May. J't'ai dit que j'avais réfléchit, non ? A la base, j'suis p't'être qu'un coureur de jupon, mais j'suis pas comme lui. J'pourrai jamais t'faire une chose pareille. J'voulais déjà pas t'faire de mal, j'ai tout raté j'le sais. Mais, regarde-moi, May, regarde-moi. J'suis vraiment pas comme lui. J'suis vraiment pas comme Will. (Tom)
____Là, c'est vraiment la fin. Elle se sent chuter, encore une fois. Ses membres la lâchent, à la suite de son c½ur. Le choc est trop dur à encaisser. Et ses larmes ne s'arrêtent plus. Elle s'agrippe fortement au bras du jeune homme face à elle, le serrant de toutes ses forces pour ne pas tomber. Perdue. Elle est plus perdue que jamais. Mais elle n'a même plus mal. Son c½ur s'est envolé.
_May... (Tom)
____Non. Non. Non. Non. Non. C'est trop, et elle ne veut plus. Elle ne peut plus. Cette fois, c'est vraiment terminé. Il faut qu'elle s'éloigne, pour chuter tranquille. Et sombrer.
____Brusquement, elle lâche le garçon, le contournant en chancelant. Elle marche secoue la tête de gauche à droite, tentant de chasser la réalité. Elle marche, court, titube, mais ne tombe pas. Pas encore. Elle l'entend l'appeler, mais elle ne veut plus, ne peut plus, bon sang ! Elle passe la porte, la laisse claquer derrière elle. Elle traverse le studio, l'appartement, ne prend pas garde des gens qui l'appellent, et gagne enfin sa chambre. Là, elle s'avoue vaincue. Et là, elle s'écroule enfin. Sans personne autour pour la relever. Seule.
May
*